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Description : "Il écrit, il décrit, il chante, il dénonce depuis quarante ans, le pied au plancher. Mais on a beau être aventurier, on n’est pas tenu d’aller toujours plus à l’ouest.
Alors qu’il chantait aux Nuits de Champagne, invité par Michel Jonasz en 2005, rendez-vous fut pris avec Bernard Lavilliers pour programmer ses Nuits de Champagne à l’horizon de son prochain album. Celui-ci, un beau bébé de onze titres intitulé Samedi soir à Beyrouth, est né entre Kingston, Memphis, et la capitale libanaise, ce qui n’a rien d’étonnant quand on connaît la morphologie impressionnante de son géniteur : un pied en Asie, un pied en Afrique, le troisième en Amérique, continent qui l’a marqué au fer des musiques brésiliennes et jamaïquaines. La salsa, Betty, Melody tempo harmony, ne sont que trois exemples de ses créations, qui empruntent à d’autres rivages un groove qui, au fil des décennies, s’est imposé comme une marque de fabrique bien avant que la mode n’en soit lancée.
S’il a choisi la chanson, c’est qu’elle lui permet d’être voyageur, peintre, poète, et reporter : ainsi nous rapporte-t-il le monde par touches impressionnistes, usant d’une langue apprise hors l’école chez Cendrars, Cocteau, Maïakovski, Couté... gardant force admiration pour les maîtres Ferré - dont il s’est fait l’interprète en 2006 - et Brassens, si différents et si semblables.
En perpétuel mouvement depuis son enfance, il marche le poing brandi, la main qui caresse. La main qui caresse les femmes, les villes, tendue vers les damnés et les fous, la main qui attrape le monde, et qui témoigne. Le poing brandi pour exprimer sa rage de vivre, le poing qui s’abat sur les « troisièmes couteaux » et les « gestionnaires ».
Le poing qui jette sa colère du monde, lui qui ne peut en détourner les yeux : c’est sa mission d’artiste.
« Un artiste, c’est celui qui donne de la lumière. » Le public et les choristes en ont bien conscience, qui s’efforcent de renvoyer cette lumière, parfois jusqu’à l’éblouissement. Cette année, les 800 miroirs du spectacle final auront à coeur, sans se briser, de chanter chaloupé reggae et d’arquer leurs voix sur la salsa. Même urbaine, Troyes n’est pas une jungle... mais il est probable qu’au bout du compte, les frissons que Bernard Lavilliers en gardera seront dignes de ses expéditions les plus déroutantes."
Olivier Andrys |
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